- Détails
- Écrit par : Rémy et Frédéric VOEGEL
- Clics : 1891
Charles BELLING (1893–1964) est la figure paternelle et le bâtisseur le plus important de l'histoire du Racing. À la fois athlète accompli et dirigeant visionnaire, il a dédié près de quarante ans de sa vie au club, le faisant passer du statut de petite équipe de quartier à celui d'institution majeure du sport français.
Du gamin de la rue au jeune dirigeant
Né le 24 mai 1893 à Strasbourg-Neudorf, Charles BELLING fait partie de la fameuse bande d'écoliers de la rue d'Erstein qui, à l'automne 1906, cotisent leurs quelques pièces pour s'offrir un ballon en cuir et fonder le FC Neudorf (le nom initial du Racing). Il s'implique immédiatement dans les structures du club en devenant son secrétaire en 1909, alors qu'il n'est encore qu'un adolescent

Charles BELLING à 25 ans (portait imaginé par l'IA sur la base de photos plus anciennes)

Acte de naissance de Charles BELLING le 24 mai 1893, Neudorf Quergasse 33 (rue traversière), fils du serrurier Charles BELLING, protestant, et de son épouse Christine Caroline MULLER
Parallèlement, c'est un excellent athlète qui brille dans toute la région d'Alsace (alors sous empire allemand), dominant les compétitions régionales d'athlétisme d'avant-guerre.

Championnat d'athlétisme le 9 juin 1914 (Olympische Spiele)

L'homme fort de 1919 : le tournant français
En janvier 1919, l'Alsace redevient française et le président de l'époque, Louis BECKER (qui s'avère être de nationalité allemande), doit céder sa place. Charles BELLING est élu président à seulement 26 ans. C'est lui qui orchestre les choix historiques majeurs. Il rebaptise le club en Racing Club de Strasbourg en hommage au prestigieux Racing Club de France. Convaincu des bienfaits de la diversification, il impulse la création de sections d'athlétisme et d'autres disciplines au-delà du football.

Charles BELLING en 1923
Une longévité exceptionnelle et la résistance (1919-1959)
Au total, BELLING a régné sur le club pendant près de 40 ans, un record absolu de longévité pour la présidence du Racing. Sa gouvernance a traversé les décennies et les crises. Lors de l'exode des Alsaciens en 1939, il suit une grande partie des membres du club en Dordogne. À la Libération en 1945, il reprend immédiatement les rênes pour relancer le club sous son nom français (le club ayant été germanisé de force en Rasensport Club pendant l'occupation). Sous sa présidence, le club atteint la finale de la Coupe de France (1937, 1947) et remporte son tout premier titre national majeur : la Coupe de France 1951.

Avant la finale de Coupe de France 1937 (Charles BELLING à gauche, le président Albert LEBRUN, Elek SCHWARTZ, HUMMENBERGER, Henri ROESSLER et Fritz KELLER)

Charles BELLING (à gauche) et le maire Charles FREY saluent les joueurs strasbourgeois et parisiens le 16 juin 1945 lors de la Fête de la Résistance (photo du livre « Racing 100 ans »).
Il assistera également au match de Coupe du monde entre le Brésil et la Pologne au stade de la Meinau le 5 juin 1938 sur le score prolifique de 6 à 5. Toujours passionné d'athlétisme, il crée aussi la Ligue d'Alsace d'athlétisme, dont il prend la présidence. Dans sa vie privée, il avait épousé Marthe Élisabeth HAAS, née en 1895, le 5 septembre 1922. Elle décèdera à Strasbourg le 6 mars 1983.
Son nom circulera à plusieurs reprises dans la presse locale, pour des annonces notamment :

« Aide ménagère (indépendante), sachant également cuisiner, recherchée pour immédiatement ou pour le 1ᵉʳ mars 1942. Belling, Strasbourg-Neudorf, rue Tanner nᵒ 5, tél. 411 17 »

« Cherche à acheter une poussette en bon état. Belling, Neudorf, Tanner Straße nᵒ 5, 1ᵉʳ étage, téléphone nᵒ 411 17 », 1942

« Perdu lundi soir à 8 heures le 28 décembre 1938, petite fourrure de putois de la place Kléber jusqu'au pont Hoh. Prière de rapporter à Belling, 5 rue de Thann, Neudorf. Tél. 411.17 »
Distinctions
Sportif de la première heure, athlète de valeur, vainqueur de plusieurs championnats d'Alsace (notamment sur le 400 mètres et le décathlon) de 1909 à 1920, il reçut en 1936 la Médaille d'Honneur en Or de l'Éducation Physique. Puis il faut le distinguer comme Chevalier de la Légion d'honneur en 1948 pour ses services rendus au sport par décret du 25 août 1948. Côté RCS, Charles BELLING passera la main en 1959 à Jean-Nicolas MULLER qui lui succédera.


Merci à Philippe pour l'envoi du document.
Charles BELLING s'est éteint le 30 septembre 1964 à Strasbourg à l'âge de 71 ans. Il est inhumé au cimetière Saint-Urbain (section 013, rangée 007, numéro 017) dans la tombe de la famille BELLING (merci au service funéraire de la ville de Strasbourg pour l'information).

Le bâtisseur de la Meinau
Sur le plan des infrastructures, c'est également à Charles BELLING que l'on doit la transformation du terrain rudimentaire du Jardin Haemmerlé en un véritable stade. C'est sous sa direction que sont construites les premières tribunes en bois de la Meinau, et qu'est aménagée la piste d'athlétisme qui ceinturera la pelouse de football pendant très longtemps.
Avant d'être le temple du football strasbourgeois, le terrain connu sous le nom de Jardin Haemmerlé appartenait à un propriétaire privé. En 1914, le FC Neudorf signe un bail pour s'y installer. Problème : le club rival, le FC Frankonia, occupait déjà les lieux et refusait catégoriquement de partir, estimant avoir aménagé le terrain. L'affaire va si loin qu'elle finit devant la justice allemande. C'est un jugement rendu le 14 avril 1914 qui donne définitivement raison au FC Neudorf. La Meinau est littéralement née d'un verdict judiciaire !

Précisions dans le livre « Le football en Alsace de 1890 à 1950 » par Pierre PERNY
Lors de l'assemblée générale extraordinaire du 21 février 1921, Charles BELLING, en accord avec son comité, propose à l'assemblée générale la construction d'une tribune et la transformation du terrain au Jardin Haemmerlé. Richard WUILLEUMIER propose d'avancer les fonds et Edmond WUILLEUMIER la livraison du bois. Le devis s'établissait à 3 000 francs pour la construction de la tribune et 5 000 francs pour la transformation du terrain.
Agrandissement du stade en 1935
Un nouvel agrandissement des tribunes est décidé en juin 1935.

Traduisons : « En vue de la construction d'une nouvelle tribune sur son stade, le conseil du Racing Club de Strasbourg a, comme on le sait, organisé un concours d'idées architecturales. 30 projets ont été reçus ; ils seront examinés et classés le samedi 1ᵉʳ juin par le jury présidant le concours. Le jury se compose des messieurs suivants :
- M. ROEDERER, architecte en chef des bâtiments civils à Strasbourg
- M. DOPFF, architecte en chef de la ville de Strasbourg
- M. MOSSLER, architecte, président des architectes du Bas-Rhin
- M. Ad. WOLFF, architecte, président des architectes diplômés par le gouvernement
- M. BELLING, ingénieur, président du Racing-Club
- M. STEHBERGER, avocat, vice-président du Racing-Club
- M. MERLET (Clicherie Alsacienne), vice-président du Racing-Club
Après le classement, les projets resteront exposés au public gratuitement et librement du 1ᵉʳ au 8 juin, dans la grande salle du restaurant « Aubette », place Kléber.

Résultat des propositions

Stade de la Meinau avec ses tribunes
La popularité du club ne cessant d’augmenter, une première tribune en bois est construite en 1921. Le stade de la Meinau prend son nom simultanément. Complété en 1933 par une deuxième tribune puis en 1935, le stade compte alors 2 800 places. La Coupe du monde en 1938 permet de moderniser l’enceinte : de nouveaux vestiaires et escaliers sont construits, et neuf lignes téléphoniques pour retranscrire en direct les matchs à la radio sont mises en place [source].
Marthe BELLING

Le sport en Alsace 1919-1923, Gallica
Née en 1895, Marthe Élisabeth née HAAS s'unira avec Charles le 5 septembre 1922. Un fils, Claude Charles, naîtra en 1925, qui reprendra l'entreprise de chauffage et sanitaire de son père. La famille s'agrandira encore avec Émile, disparu en 1968. Le frère de Charles, père, Eugène Auguste, exploitera une entreprise du bâtiment au Neudorf.


Annonce du 19 juin 1925 de la naissance de Charles le 7 juin 1925

Vends charrette d'enfant le 2 octobre 1929
Au service du développement du sport féminin en Alsace
Il devrait certainement être intéressant pour tout le monde d'apprendre comment le sport féminin a débuté en Alsace et comment il s'est développé jusqu'à aujourd'hui. Un club de sport local était déjà en pourparlers en 1919 avec la Fédération Féminine Sportive de France à Paris, qui a suggéré que l'on devrait également encourager et organiser les femmes dans le domaine du sport. Les sportives de l'intérieur de la France ont servi de modèle. Lors de la grande réunion des Journées Bessoneau, qui a eu lieu à Strasbourg à la Pentecôte 1920, nous avons eu pour la première fois l'occasion de voir des sportives de l'intérieur à l'œuvre. Nos dames alsaciennes n'y ont pas participé, mais ont plutôt étudié comment nous pouvions introduire le sport chez nous. À l'été 1920, la Fédération a demandé que l'on envoie quelques dames au championnat de France d'athlétisme. Il y avait effectivement quelques dames présentes qui, bien que sans grande connaissance et sans entraînement suffisant, n'ont pas hésité à rivaliser avec les Parisiennes. Il n'était pas question de penser à un succès, mais c'était tout de même une grande performance, un premier encouragement pour la suite, qui allait bientôt s'avérer utile. Soudain, cela a commencé à bouger dans tous les coins de l'Alsace ; les grands clubs n'ont pas voulu rester en reste et ont ajouté une section féminine aux leurs. Bientôt, le Racing Club de Strasbourg, car c'était le premier club qui était en contact avec la Fédération depuis un certain temps, a été invité lors du championnat de France d'athlétisme de 1920, c'est-à-dire qu'une proposition a été faite de regrouper les clubs avec section féminine. Des démarches nécessaires ont été entreprises auprès de divers sportifs connus et un comité régional a été fondé, qui existe depuis janvier 1921.
Le basket-ball a immédiatement trouvé un grand écho auprès de nos dames dès le début, et le comité a donc introduit comme premier travail un championnat de basket-ball, afin d'encourager nos sportives. La meilleure preuve que notre travail a été intense et que nous pouvons en être fiers, c'est que nous avons réussi à faire venir le titre de champion de France de basket-ball en Alsace trois fois de suite, en 1921, 1922 et 1923. Mais bientôt, nous ne nous sommes plus occupés uniquement de basket-ball, mais aussi de culture physique et d'un peu d'athlétisme sur une base solide. Nous avons déjà pu enregistrer de très beaux succès lors de la dernière saison. Si jeune que soit notre mouvement, nous avons déjà fait un bon pas en avant. Le début n'a pas été facile ; mais beaucoup de difficultés restent à surmonter. Une fois que le grand préjugé et la timidité auront été vaincus – car cela devrait être le principal obstacle pour la plupart –, alors nos rangs se rempliront, et notre sport aura la place qui lui revient, car nous avons finalement le droit de nous dépenser en lumière et en air, pour préserver notre corps et l'entretenir. Avec un peu de bonne volonté et de l'aide de tous côtés, nous atteindrons certainement ce que nous voulons.
Les sections féminines existantes à l'époque sont les suivantes :
- Racing Club Strasbourg
- Association sportive de Strasbourg
- Football-Association Illkirch-Graffenstaden
- Association sportive de la Banque d'Alsace
- Cercle sportif Neuhof
- Cercle sportif Mars Bischheim
- Société Générale
- Football-Club Haguenau 1900
- Football-Club Red Star
- Association sportive Schirmeck-Labroque
- Sport-Club Sélestat
Vers la fin des années 20, début 30, Marthe BELLING sera nommée présidente régionale du F.F.S.P.F. (Ligue d'Alsace de la Fédération féminine sportive de France).

Elle sera également mise à contribution au Racing Club de Strasbourg section sport féminin.

Championnat d'Europe féminin de basketball. Photo à la rédaction du journal Les Dernières Nouvelles d'Alsace (équipe de Pologne)
13 juillet 1930. Championnat d'Europe de basket féminin au stade du Tivoli. Après la victoire de l'équipe de Pologne contre la Tchécoslovaquie en demi-finale, ce sera finalement la France qui s'attribuera le titre avec une victoire de 33 à 17 contre la Pologne.

Marthe BELLING décédera en 1983 à 88 ans, deux ans avant son fils qui n'avait pas su poursuivre l'entreprise familiale de chauffage.
Mathilde BELLING
Charles BELLING n'a que 12 ans quand décède son père à 38 ans, laissant sa mère, Christine MULLER, veuve, son frère Auguste de 9 ans et une petite sœur Mathilde de seulement 3 ans. À la naissance de Mathilde Caroline le 2 avril 1902, Charles, père, est Maschinenschlosse (ajusteur-monteur en usine) et habite au 4, rue Transversale à Neudorf. Mathilde se marie le 26 septembre 1925 avec le comptable suisse originaire de Hölstein, Albert THOMMEN (1896-1962). Ils auront un garçon, Alex, et une fille, Christiane.

14 septembre 1943 à 11h17. Une vingtaine de bombardiers des 96ᵉ et 92ᵉ groupes de bombardement lourd s’en prennent à la ligne stratégique de chemin de fer Strasbourg-Kehl. 70 secondes pendant lesquelles 574 bombes, dont 200 à fragmentation, tombent sur le Neudorf, anéantissant plusieurs centaines de bâtiments. Au total, le bombardement fait 195 morts et 633 blessés répertoriés
Histoire à suivre…
Sources :
- Gallica
- Livre « Le football en Alsace de 1890 à 1950 » par Pierre PERNY
- Livre « Il était une fois le Racing »
- IA pour les illustrations manquantes
- Autres sources secondaires
- Merci à Philippe et Jean-Claude pour les contributions.
En savoir plus sur les 120 ans du Racing :
- 120 ans du Racing : aux origines du football strasbourgeois (épisode 1)
- 120 ans du Racing : de la rue d'Erstein au Stade de la Meinau (épisode 2)
- Le retour au Stade de la Colombière
- Aux origines de l'amitié Strasbourg - Karlsruhe - Hertha Berlin
- A quoi ressemblait le foot lors de la dernière victoire face à Metz ?
- Les oppositions amicales étrangères du Racing
- Les oppositions internationales du Racing
- Le Racing en Coupe d'Europe
- Pour l'amour du maillot
- Champion de France 1978-1979, version Panini